vendredi 1 novembre 2013

Son portrait, je l’ai toujours vu dans le petit salon de musique

« J’habite à Verdun ». Quand on prononce ces mots, personne ne vous demande où la ville peut bien se situer. Les images de la Première Guerre mondiale sautent au visage de votre interlocuteur. La silhouette de l’Ossuaire de Douaumont se profile au milieu d’une forêt de croix blanches. Puis viennent en tête le fort de Douaumont et celui de Vaux. Et puis le pigeon du commandant Raynal parti de ce dernier bastion au plus fort du déluge de feu et d’acier.

Je ne suis pas originaire de cette ville, ni même du département de la Meuse où l’agglomération de 20.000 habitants trône au beau milieu. Ma vie professionnelle m’y a conduit. J’y réside depuis avec bonheur.

J’écrivais dans un précédent billet qu’il n’y avait pas de hasard… surtout en généalogie. Car Verdun n’était pas une inconnue pour moi. Loin de là. Depuis ma plus tendre enfance j’y suis venu au moins une fois par an. Avec mes grands-parents Liliane et Henri, mon arrière grand-mère Alice et sa sœur Hélène. Car elles aussi Verdun elles connaissaient bien.

En effet, leur frère Georges Graff, né le 8 juin 1892 à Beaucourt, alors dans le Haut-Rhin et aujourd’hui dans le département du Territoire de Belfort, a été tué le 29 février 1916 à Béthelainville, un petit village de Meuse, au tout début de la Bataille de Verdun.

Son portrait, je l’ai toujours vu dans le petit salon de musique chez mon arrière grand-mère Alice. Il était accroché à droite du piano et au-dessus d’une armoire contenant, entre autres, un stéréoscope de bois et des plaques de verre représentant des scènes de la Grande Guerre.

De fines moustaches, les bras croisés et l’uniforme du 114e RAL, un régiment d’artillerie lourde qui avait pris position sur la rive droite de la Meuse.


Georges Graff faisait partie du 3e Groupe du 114e RAL qui « fut formé le 17 juillet 1915 avec la 5e batterie bis du 9e régiment d’artillerie à pied et la 51e batterie du 13e régiment d’artillerie de campagne, et placé sous les ordres du capitaine Bourboulon », est-il noté dans l’historique du 3e Groupe du 114e RAL.

En effet, Georges Graff était avant le 114e RAL soldat au 9e RAP. Après la Bataille de Champagne à l’automne 1915, le 3e Groupe du 114e RAL quitte le front de Champagne au début de 1916 « et est envoyé à Verdun où l’on prévoyait une attaque importante de la part des Allemands. Mis en position sur la rive gauche de la Meuse, dans la région du fort de Bois Bourru, il occupa des emplacements hâtivement construits, sans abris de couchage à l’épreuve. Le personnel eut à exécuter, jour et nuit, pendant la phase critique de l’attaque allemande, des tirs intenses pendant lesquels il fut soumis, à plusieurs reprises, à des bombardements violents d’obus de gros calibres ».

Voilà pour la partie administrative. Mais comment est réellement mort Georges Graff ? C’est la question que j’ai posée plusieurs fois étant enfant. La réponse était invariablement la même : il était de repos mais avait tenu à accompagner un camarade de corvée d’eau. Un obus est tombé à ses pieds et l’a décapité.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai eu d’avantage de détails. (La suite au prochain billet)

2 commentaires:

Elodie Dezat a dit…

Je trouve que tous ces soldats ont un quelque chose dans le regard. Vivement la suite de cet article.

Frédéric a dit…

Je trouve aussi que leur regard a quelques chose de particulier. Le deuxième article arrive bientôt !