mardi 30 juin 2015

Z comme Quand nos ancêtres étaient Zouaves !

Une boutade. Leurs périodes dans les régiments de Zouaves ne furent pas de tout repos. Loin de là.

Ah les Zouaves, l'Armée d'Afrique, le sable chaud et les pays enchateurs, leur uniforme qui ne ressemblent à aucun autre... et leur vaillance au combat.

L'avantage d'être issu d'une famille de militaires, c'est de pouvoir avoir des sources multiples sur ces soldats. Finalement, Gabriel Plancard, né en 1812 à Carcassonne s'est engagé dans l'Infanterie et son premier fils Jean Pierre Félix Plancard, lui était au 22e Régiment de Chasseurs d'Afrique. Loin de son Koléa natal, il s'est retrouvé dans Metz assiégé durant la guerre de 1870 et fait prisonnier...

Non, le premier Zouaves de ma famille c'est mon arrière-grand-père Gabriel Plancard, né à Aumale le 18 avril 1888. Blessé deux fois dont une très gravement en 1914 avec croix de guerre (étoile de bronze). Il fit ses deux ans de service militaire entre 1909 et 1911 au 1er Zouaves ainsi que toutes la Grande Guerre.

Mais au fait, pourquoi les Zouaves s'appellent-ils ainsi ?

C'est le nom d'une tribu kabyle, les Zwawa qui fournissait des janissaires aux Ottomans et intégrée dans l'Armée Française. Pour bien comprendre, il suffit de lire cet article.

RaczynskiAleksander.ZuawiWWalce.1858.jpg
« RaczynskiAleksander.ZuawiWWalce.1858 » par Aleksander Raczyńskihttp://webart.omikron.com.pl/PAINT/AUTHORS/RACZ_AL/. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Gabriel Plancard est donc incorporé dans le 1er Zouaves qui cantonne à Blida a les jambes et un bras en miette à cause d'un Schrpanell à Roclincourt dans le Pas-de-Calais...

L'autre Zouaves, c'est l'arrière-grand-père possible de ma compagne. J'avais publié un article sur lui en juin de l'an passé. Il s'appelait Jules Hautemayou, né à Paris d'une mère cantalienne. Incorporé au 2e Régiment Mixte de Zouaves, il est blessé grièvement à Cléry-sur-Somme et décède le 2 septembre 1916 à l'hôpital 103 d'Amiens :



Un destin donc que ces deux vaillants zouaves de 14-18. Voici d'ailleurs, la Marche du 1er Zouaves. Des recherches aussi en perspective pour approfondir leur parcours sur le terrain...



lundi 29 juin 2015

Y comme Year to date

Je sais, YTD est un terme économique qui comprend une période allant du début de l'année à maintenant en exceptant le présent jour.

Un sigle anglo-saxon qui peut aisément être transposé à la généalogie. Histoire, juste avant la dernière lettre du ChallengeAZ, de dresser un premier bilan.

Que m'a apporté ce challenge ?

Du plaisir d'abord. Celui que procure la généalogie en général. Quelqu'un me disait l'autre jour, après des recherches fructueuses : "La généalogie, c'est magique en fait !" C'est magique quand les trouvailles sont au rendez-vous. Pour résumer, la généalogie c'est parfois Garcimore et de temps en temps David Copperfield...

Autre plaisir : celui de réfléchir à ma généalogie. De m'asseoir, stylo en main, classeurs ouverts et de penser aux thèmes, aux sujets que je pourrai aborder. Un travail qui intervient bien en amont du mois fatidique. J'ai réfléchi à la session 2015 depuis le début de l'année... et jusqu'à il y a peu. Car si les premiers billets allaient de soi, ceux des dix derniers jours ont été modifiés et parfois transformés.

Une réflexion nécessaire mais qui, finalement, intervient peu à cette "dose", tant nous sommes accaparés par nos recherches qui s'accumulent. Réfléchir, c'est poser de nouvelles bases et mettre à plat notre généalogie. Bref, réfléchir est un travail d'avenir... puisque les bases du ChallengeAZ suivant sont en germe.

Ensuite, au fil de l'écriture des billets, je me suis aperçu qu'un sujet me paraissant simple, n'était, finalement, pas assez fouillé : les parcours de mes aïeux ayant participé à la Première Guerre mondiale présentent des zones d'ombre, l'étude de certaines cartes postales qui pourraient faire avancer ma généalogie sont en cours... On pourrait multiplier les exemples.

Pour conclure, mes recherches de l'année en cours m'ont permis d'alimenter ce blog sans trop de redites et de faire naître mes recherches à venir. Une motivation supplémentaire qui n'aurait peut-être pas été au rendez-vous sans le ChallengeAZ.


samedi 27 juin 2015

X comme Le mort inconnu de Thil... Qui est... Thil ?

J'aime beaucoup les énigmes... et les résoudre. Partir sur les traces d'un nom, d'une photo, observer, enquêter, déduire...

C'est par hasard que j'ai retrouvé cette photo très détériorée. Elle était placée dans le livret militaire de mon arrière-grand-père Alfred Doriot. Terrible cliché de la Grande Guerre. 

En sépia, il porte son uniforme de 14-18, casque Adrian sur la tête. Il porte un brassard avec une croix que l'on imagine rouge.
A l'arrière plan se trouve un homme dont on ne voit pas le visage.

Alfred Doriot est penché sur un bâche d'où dépasse un tête et divers débris humains.


A l'arrière, deux mots et une date : Thil (Champagne) 1917.



Thil est en effet, une petite bourgade non loin de Reims.

Pour commencer, je me suis plongé dans la fiche matricule d'Alfred Doriot. Né à Etupes en 1888, il est donc de la classe 1908. Son service, il l'effectue au 4e Régiment d'Artillerie puis au 5e en 1910, comme musicien. Digne de fils de son père Charles Doriot, fondateur de la fanfare d'Etupes.

En 1914, il est mobilisé au 47e Régiment d'Artillerie de Campagne en garnison à Héricourt (70) tout près de Montbéliard. Je ne m'attarderai pas sur les premières années de guerre. Mais le 22 avril 1916, il est évacué pour maladie à l'ambulance 4/55 située à Froidos dans la Meuse. Il fait partie de la 9e Batterie du 47e RAC. Ces détails auront une importance plus tard.

Il est évacué sur l'hôpital de Grenoble pour se retaper et est de nouveau opérationnel le 27 juin 1916. Sur son livret, il réintègre la 9e Batterie du 47e.

En mai 1917, le régiment se trouve vers Reims. Les batteries se mettent en position autour du village ravagé de Saint-Thierry. La 9e batterie se place au nord, à hauteur de Thil.



L'historique du 47e RAC, par le Chef d'escadron Masson, mentionne aussi : "Le régiment, malgré de durs marmitages, avait eu peu de casse en somme dans ce secteur de Saint-Thierry. Pourquoi fallut-il qu'un coup d'une brutalité inouïe vint l'attrister profondément."

Le commandant poursuit : "C'était le 25 Juin, le Colonel BERNARD avait décidé ce jour là de visiter la position de la 9e Batterie près de Thil. Comme il arrive près du village, les obus tombent fort. Mais le Colonel BERNARD n'est pas de ceux qui changent un programme pour fuir un danger. Accompagné du Lieutenant SIAU, il continue sa route, parcourt la batterie et s'en va sous la conduite du Lieutenant de VALICOURT visiter les observatoires voisins. C'est alors, qu'un obus tombe dans le boyau que les officiers suivent et les réunit tous les trois dans la même mort glorieuse".

Il n'y eu que ces trois morts à Thil où aux environs pour le 47e RAC. Les restes humains sur lesquels se penche Alfred Doriot appartiennent donc à l'un de ces trois hommes. On imagine aisément que la violence de l'explosion a déchiqueté les corps.

Qui étaient ces trois officiers ?

- Le colonel Charles Bernard n'est autre que le chef de corps du 47e RAC. Né en 1867 à Paris, il est fait,officier de la légion d'Honneur le 7 novembre 1916.

Fiche disponible ici
Lors de la grande collecte, un homme trouve une malle dans une déchetterie. Elle contient des objets 14-18 et est dite "Malle de Charles Bernard". Une plaque de cuivre où est mentionné qu'il est mort pour la France le 25 juin 1917 :

FRAD062_094 - Charles Bernard.

Premier point commun avec Alfred Doriot, il est passé à la même époque par le 5e RA. Lui était capitaine et Alfred, soldat.

On le retrouve sur le site Memorial GenWeb :
On apprend qu'il est polytechnicien promo 1885.

- Le lieutenant Augustin Marie Joseph de Valicourt, lui est né à Troyes dans l'Aube le 23 septembre 1886

Fiche disponible ici.
Sur Memorial GenWeb, on apprend plein de détails et surtout on peut y découvrir sa photo.

Enfin :

- Le lieutenant Jean Augustin Célidon SIAU, lui est né à Tarascon le 22 juin 1889.

Fiche disponible ici


Stupeur : l'acte de jugement de cet officier est transcrit à... Montbéliard le 1er octobre 1917 ! Pourquoi ? Je ne sais encore. Une nouvelle piste s'ouvre donc aux recherches.

Sur le site Memorial GenWeb, on apprend qu'il est centralien promotion de 1910.
On apprend surtout qu'il est aussi mentionné sur une plaque commémorative de l'église Saint-Maimbœuf de Montbéliard et inscrit sur le monument aux morts de la ville.
Famille catholique donc que celle du lieutenant Siau et qui devait, durant la Grande Guerre, résider dans la Cité des Princes. Qu'y faisait-elle ? mystère pour le moment.

Alors, lequel des trois ? Je dirais : le lieutenant Siau. Sans certitude bien sûr, mais la proximité avec Montbéliard me ferai pencher pour lui.

Toujours est-il que le commandant Masson nous en explique un peut plus sur l'enterrement de ces trois hommes :

"Une immense tristesse émut le régiment, car un lien d'affection sincère l'unissait à son Colonel et rien ne fut navrant comme les obsèques de ces trois officiers qui comptaient parmi les meilleurs.
Leurs dépouilles mortelles s'en allèrent côte à côte dormir leur dernier sommeil au cimetière de Trigny. Au nom des officiers et des hommes, le Chef d'Escadron MASSON vint les saluer et leur dire un dernier adieu, après quoi chacun rentra à son poste pour les venger".

Le colonel Bernard et le lieutenant Siau, se trouvent toujours au carré militaire du cimetière communal de Trigny (51). Ils occupent les tombes 62 et 63. Seul le corps du lieutenant de Valicourt a été rapatrié par sa famille après la guerre.

Finalement, à travers une simple photo et peu d'indices, on peut dérouler le fil de la petite histoire... enchâssée dans la grande.

vendredi 26 juin 2015

W comme... Wilaya

La Wilaya.

En Algérie, pays de mes ancêtres, la Wilaya est une division administrative du pays. Avec à sa tête un wali, un préfet. Les Wilayas sont divisées en daïras.

Je me suis amusé à regarder les lieux de naissance de mes aïeux et j'ai remarqué que, même s'ils étaient nés dans des wilayas différentes, ils se rapprochaient à chaque génération, un peu plus d'Alger.

Wilaya est d'ailleurs un terme récent. L'Algérie à partir de 1848 et jusqu'à la décolonisation est divisée en départements.

Toujours est-il que Gabriel Plancard, le premier qui fonda la branche pied-noire de ma famille paternel, est mort à Blida. Né à Carcassonne en 1812, il s'engagea au 20e de Ligne le 10 mars 1832 et parti pour l'Algérie en cours de conquête. Je ne sais où il se maria, mais je sais avec qui : Thérèse Joséphine Pierrot, une parisienne née en 1828.

Lui mourut à 44 ans en 1856 et elle à 45 en 1873. Les deux à l'hôpital militaire. Blida, "La ville des Roses" dans la wilaya de Blida à 47 km au Sud-Ouest d'Alger.Une ville qui fut occupée par les troupes françaises en 1839. Gabriel Plancard, en 1856 était garde-forestier, un emploi réservé aux anciens militaires et habitait Joinville, une bourgade rattachée à Blida, aujourd'hui appelée Zabana.

Génération suivante : Alphonse Jean-Pierre Plancard, né à Blida le 8 septembre 1851 et baptisé le 5 octobre. Il va se marier à Aumale, baptisée ainsi en référence au duc d'Aumale, le fils de Louis-Philippe, Aujourd'hui, la ville se nomme Sour El Ghozlane ou : "Le rempart des gazaelles" au Sud-Est d'Alger à environ 120 km : la ville de naissance de son épouse Marie Félicité Sellier, d'origine vosgienne. Lui, va mourir en 1933 à 80 an à Aboutville, aujourd'hui Aïn El Hadjar dans la wilaya de Bouïra proche d'Alger. Les voilà :


Génération suivante : Gabriel Plancard, mon arrière-grand-père né à Aumale par hasard, sa mère étant sans doute retournée chez ses parents pour accoucher, il voit donc le jour le 18 avril 1888 et s'éteint à L'Arba, aujourd'hui Laarbâ Beni Moussa, dans la wilaya de Blida à 25 km au Sud-Est d'Alger le 6 janvier 1945.

Génération suivante : Alphonse Auguste Plancard, mon grand-père, né à Seddouk le 31 juillet 1913 dans la wilaya de Bejaïa, ville de naissance de sa mère Françoise Adélaïde Barge. Il va se marier à Alger avec Irène Lledo, né dans cette ville en 1918. Le couple s'établira à Alger... enfin !



Génération suivante : Gabriel Plancard, mon père né le 10 novembre 1943 à Alger. Il aura fallu presque un siècle pour que la famille, à force de tourner autour, s'établisse dans la capitale. De ville en ville, de wilaya en wilaya, c'est dans cette cité que tout fini aussi en 1963... Et que, finalement, tout commence.




jeudi 25 juin 2015

V comme Versets bibliques et épitaphes funéraires

Que laisse un défunt à sa mort ? Son souvenir d'abord, bon ou mauvais. Un héritage, petit ou grand. Et une tombe. Belle, grandiose, originale ou très simple.

L'art funéraire est un monde à part avec ses codes. Les sabliers, les anges, les colonnes brisées... Et les épitaphes. Ah cette fameuse épitaphe disant aux vivants : "Je vous l'avais bien dit que j'étais malade !" que je n'ai d'ailleurs jamais vue...

L'épitaphe est toujours pleine d'espérance ou laisse du défunt une bonne image. Robert Sabatier écrivit un jour : "Un enfant, en lisant les épitaphes sur les tombes du cimetière, demanda à son père dans quel coin du cimetière on enterrait les méchants"...

"L'épitaphe est une des dernières informations sur l'identité du défunt. Elle se double quelquefois d'un message qui prend forme d'une sorte de testament moral légué", peut-on lire dans un article intitulé "Les tombes protestantes" sur le site Musée protestant. Un article issu de la recherche d'Anne Nègre, avocat au barreau de Versailles dans le cadre de sa thèse de doctorat en droit "Contribution à l'histoire du patrimoine : le cimetière protestant de Nîmes, 1778-1910", Université de Poitiers, Faculté de Droit et de Sciences sociales.

Intéressante étude d'un cimetière protestant.Calviniste en l'occurrence. Dans le cas qui nous intéresse, le cimetière d'Etupes est, à l'époque qui nous intéresse (XIXe et début XXe siècle) exclusivement protestant luthérien. Les rares catholiques du villages vont, eux, se faire enterrer... dans un village plus éloigné !

Sur la plupart des tombes de cette période, et même encore de nos jours, l'épitaphe est composé d'un verset biblique. Un verset soigneusement choisi par l'intéressé ou sa famille. La connaissance de la bible à cette époque est très bonne puisque l'apprentissage et la lecture des écritures est indispensable à la formation du jeune protestant. Les enfants, souvent, apprennent à lire dans la bible de leurs parents.

Car chez les protestants, des bibles, on s'en voit offrir souvent : mariage, confirmation... Et toutes, absolument, comporte un verset manuscrit. Pour exemple, le 17 novembre 1985, au catéchisme, j'ai reçu ma première bible. Celle-ci comporte ce verset inscrit par le pasteur Boilloux, est tiré du Psaume 119/105 : "Ta parole est une lampe devant mes pas, une lumière qui éclaire ma route".

Le livre des Psaumes, voilà une source inépuisable de versets qui viendront orner des tombes à Etupes. Deux sur une seule sépultures, rien de moins :

« Sur Dieu seul mon âme repose paisiblement » Ps 62-2
« Quoi qu’il en soit, mon âme se repose en Dieu » Ps 62-2

ou encore :

« Il guérit ceux qui ont le cœur brisé et il bande leurs plaies » Ps 147-3

« Fais moi entendre la joie et la consolation et que les os que tu as brisés se réjouissent » Ps LI 10

« La vie est un combat dont la palme est aux cieux. La lumière est semée pour le juste et la joie pour ceux qui ont le cœur droit » Ps XCVII-11

D'ailleurs une référence au livre des Psaumes orne la tombe du caporal Peugeot :

« Que ton cœur soit ferme et espère en l’Eternel » Ps XXVI-14



Juste à côté, son grand-père, le colonel Pechin, ancien saint-cyrien a préféré une référence au prophète Job :

« Tu entreras au sépulcre dans la vieillesse comme on emporte une gerbe en son temps » Job V-26

Les prophètes, une autre source de versets mortuaires et en particulier Esaïe :

« Ne crains point car je te rachète, je t’appelle par ton nom, tu es à moi » Esaïe XLIII

« Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé pour consoler ceux qui sont dans le deuil » Esaïe 61 1-2 :



«  Je t’appelle par ton nom, tu es à moi ! » Esaïe 43-1

Ou, comme sur la tombe à Menton d'Auguste et Camille Doriot :

"Tu n'auras plus le soleil pour lumière mais l’Éternel sera pour toi une lumière éternelle" Esaïe LX-19



Mon arrière-grand-père Alfred Doriot et son épouse sont enterrés dans la tombe de Charles Doriot, de son épouse et de leur autre fils mort à un mois. Elle porte ce verset tiré de Jérémie :

« Je l’ai aimé d’un amour éternel c’est pourquoi je l’ai attiré par ma miséricorde » Jérémie 31-3


Les évangélistes ont aussi la cote, surtout Matthieu :

« Heureux ceux qui ont le cœur pur car ils verront Dieu » Matth 5-8
« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés » Matth V-6 (aviateur)

Sur la tombe de Frédéric Curie, impossible de graver un verset biblique. Athée et enterré civilement, son épouse a quand même contourner la question en laissant une phrase simple qui pouvait lui convenir également, elle, qui était protestante, croyante et pratiquante :

« Que ton repos soit aussi doux que ton cœur était bon »

Parce des épitaphes profanes, il en existe aussi :


« Ta mémoire est toujours près de moi - Dilectissima mater requiescat in pace ».

Ou, sur la tombe des Lyon d'Amérique, la fille Adèle Durbec, demoiselle Lyon fait inscrire : 

"Ce monument a été élevé à la mémoire de Pierre Doriot et de Suzanne Lyon"


Plus émouvant cette phrase : "Témoignage du profond amour et de la vive affection de tous ceux qui ont su l'apprécier" :



Pour terminer, voici deux épitaphes exceptionnelle, la première est présente au cimetière d'Etupes. C'est celle d'Henri Iselin FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français). un simple plaque barrée de tricolore indique son nom et sa date de décès : 17 novembre 1944. Arrêté par les Allemands, il est retrouvé mort dans sa cellule à la prison de Montbéliard.
La phrase est éloquente : "Mieux vaut mourir que trahir". Cela veut-il dire qu'il s'est suicidé, comme le faisait beaucoup de résistant, plutôt que de donner ses camarades de réseau ? Peut-être. Un geste de courage et d'honneur.



Enfin, voici l'épitaphe que j'avais traité dans un précédent billet daté du 9 juin 2014. Le possible arrière-grand-père de ma compagne se nommait Jules Hautemayou. Mobilisé en 1914, il fut blessé à Cléry-sur-Somme et décéda le 2 septembre 1916 à l'hôpital d'Amiens.

Après la guerre, sa mère, retournée dans le Cantal le fit rapatrier dans le caveau de famille. Au passage, elle fit prélever une dent sur le crâne. Dent qu'elle conserva sur elle, le reste de ses jours.

La tombe du cimetière de Saint-Simon comporte une plaque où est inscrit qu'elle pleure son fils chéri... "martyr des capitalistes !" :



mercredi 24 juin 2015

U comme... Un coin d'Etupes

"Un coin d'Etupes". L'appellation m'a toujours fait sourire. Ça pourrait être n'importe quel coin... Parce que des coins et des recoins à Etupes il y en a un paquet !

C'est cette carte que j'ai trouvé par hasard qui m'a fait me lancer dans une étude plus sérieuse :


Elle date du début du XXe siècle et est signé de mon arrière arrière-grand-père Charles Doriot. une carte de bonne année à l'attention de la famille de son épouse, Emma Parrot, décédé en 1895. Une famille originaire de Désandans (25). Le destinataire est Léon Parrot et sa famille, cultivateur à Vieux-Charmont.

En analysant de plus près la photo, on aperçoit le temple au fond à gauche. Il semble donc que cette rue soit : la rue de Dasle... parce qu'elle mène à Dasle. Forcément. Le quartier s'appelle aussi : "Sous les Vignes" parce que ce secteur, bougrement bien exposé, permettait la culture de la vigne. On en tirait une infâme piquette titrant 9 à 10° les bonnes années. On disait qu'il fallait quatre mains pour en boire un verre : une qui tenait le verre et trois qui tenaient la table...

Sur ce cliché, on aperçoit l'intersection de la rue principale avec une rue plus petite, l'actuelle rue Emile Beley, du nom d'un maire de la localité.

Le coin est très peu peuplé.

En fouillant dans mes cartes postales, j'en ai retrouvé une des années 1960. Prise donc une soixantaine d'années après ce premier cliché et pratiquement du même endroit :


On s'aperçoit que les maisons ont envahi l'autre côté de la rue et que des baraques provisoires ont été construite sur ce petit bout de rue Emile Beley. Ces maisons ont aujourd'hui disparu laissant place en leur milieu à la rue de la Charme qui va au lieu-dit... la Charme. Un lotissement est sorti de terre.

Voici l'intersection aujourd'hui. Plus d'un siècle sépare ses deux photos. Finalement, sous les façades refaites et en faisant abstraction des fenêtres de toit qui ont fleuri, les maisons sont toujours là et sont reconnaissables.

Encore une chose : en écrivant cet article, je me suis aperçu que la rue de Dasle ne s'appelait pas comme ça. C'est la rue de la Libération, puisque les troupes américaines à la fin 1944 sont arrivées par là... Un coin d'Etupes chargé d'histoire et de souvenirs...

mardi 23 juin 2015

T comme... Le cimetière du Trabuquet de Menton, Auguste Doriot et la lettre T manquante



Le cimetière du Trabuquet se mérite. Perché dans les hauteurs de la cité. Et les tombes étagées forment une ville au  out du Chemin du Trabuquet.

En mars 2014 j'étais à Menton. Quelques jours de vacances, les pieds dans la Méditerranée. Mais les ancêtres ne sont jamais bien loin.

Dans la famille Doriot, je demande Auguste Frédéric. Le regard dur et la moustache blanche. Celui-là a fait son chemin, de l'atelier des automobiles Peugeot du Pays de Montbéliard jusqu'à Courbevoie où il fonde en 1906 sa propre marque de voiture...

Né le 24 octobre 1863 à Sainte-Suzanne, ville a quelques kilomètres de Montbéliard, Auguste épouse en 1894, à Valentigney (25) Berthe Camille Baehler, née en 1870 à Voujeaucourt (25).

La quarantaine passée, spécialiste de la question automobile naissante, il en devient l'un des pionniers pendant 20 ans. Et fonde avec deux associés la marque DFP (Doriot Flandrin Parant). Une grosse quinzaine de modèles sortiront des ateliers de Courbevoie où Auguste réside au 7 rue Franklin.

Le couple Doriot-Baehler aura deux enfants : Madeleine en 1906 à Neuilly-sur-Seine où le couple réside à l'époque au 2 rue de l'hôtel de ville. Elle épousera en 1935 un pasteur : Paul Ernest Poillot et décédera à Courbevoie le 8 novembre 1996.

Sept ans plus tôt, c'est un garçon qui est né : Georges Frédéric, le 24 seprtembre 1899 au 83 boulevard Gouvion-Saint-Cyr dans le XVIIe arrondissement de Paris. Le 83 de ce boulevard est le premier siège de la marque Peugeot...

Georges Doriot (la notice en anglais est plus complète : Georges Doriot) n'est pas un inconnu, loin de là. Economiste de renom, il enseigna à Harvard, atteignit le grade de général de brigade dans l'armée américaine durant le Second Conflit mondial et est surtout le père du capital-risque. Marié à Edna Allen, le couple n'eut pas de descendance. Georges F. Doriot est mort le 2 juin 1987 à Boston aux USA et le New-York Times, lui consacra une notice nécrologique... rien que ça !

Mais revenons à Menton. C'est la résidence d'été d'Auguste et de Camille. C'est là, d'ailleurs, qu'il décéderont : lui le 27 septembre 1955 et elle le 13 février 1968. Son acte de décès mentionne qu'il réside au 25 avenue Riviera... tout un programme. Voici l'immeuble :



Un courrier de la mairie de Menton m'apprend qu'ils sont enterrés au cimetière du Trabuquet dans une concession centenaire acquise par son épouse le 22 avril 1957 (22 avril, jour de mon anniversaire...). La tombe porte le numéro 3171 dans le carré A.

Je me rends dans l'après-midi du 7 mars au cimetière du Trabuquet où je trouve la tombe qui est en fait une plaque sur un mur, jouxtant d'autres plaques. Derrière, deux logements pour y recevoir les deux cercueils. La vue est imprenable sur la Méditerranée...


Avec en prime un verset tiré du prophète Esaïe. Une tradition protestante. Nous y reviendrons à la lettre V le 25 juin.

Mais le plus beau reste à venir.

En photographiant la plaque et en l'observant, je m'aperçois que la lettre T du nom Doriot a disparu. Ne reste que le logement de la capitale et ce depuis fort longtemps, l'oxydation qui coule des autres lettres a marqué la plaque de marbre. Il n'en est rien pour ce T là.

Je m'éloigne de la tombe et je me dis que, quand même, ce serait étonnant... je fouille dans les aiguilles de pins sèches au pied de la plaque... et je retrouve le fameux T coincé sous une couche de végétaux et le mur. Je l'ai remis dans son logement.