mercredi 14 octobre 2015

Toute une famille dans un livret et une photo émouvante

Au contraire de l’acte d’option pour la nationalité française de mon arrière arrière grand-père Vincent Lledo, dont je ne soupçonnais même pas l’existence (voir le billet que je lui ai consacré), je pensais que le livret de famille de son fils était perdu corps et bien.

Son fils, Jean, c’est mon arrière-grand-père que je n’ai pas connu. Ni son épouse non plus, décédée deux ans avant ma naissance en 1971 à Marseille. Longtemps j’ai entendu parlé d’elle par mon père. A Alger vers 1954, elle s’installe au Bâtiment G de la rue des Sports, à un jet de ballon de foot du stade municipal et du Jardin d’Essai. Au Bâtiment J vit le frère de ma grand-mère, Vincent Lledo et son épouse.

En 1962, elle viendra vivre à Cuges-les-Pins (13) dans l’appartement de ma grand-mère et de son second mari Pierre Lubrano-Lavadero.

Finalement je ne connaissais le mariage de mes arrière-grands-parents que par un acte demandé à l’état-civil de Nantes il y a longtemps.

Il y a quelques semaines, j’ai touché du doigt la réalité de leur mariage célébré à Alger le 6 janvier 1917.

En voici la couverture :



Une union entre Jean Lledo né le 7 mars 1892 à Alger, profession tailleur, fils de feu Vincent et de Pallares Marie de la Conception (l’orthographe du livret de famille a été respecté) et Maria de la Concepcion Salas, né le 21 février 1897 à Monforte (Del Cid) Espagne, fille de Manuel et de Maria de la Concepcion Alberola.



Rien que je ne savais déjà. Sauf que dans un angle est inscrit la date du mariage religieux : 5 mars. Deux jours avant le 25e anniversaire de l’époux et quelques jours après le 20e anniversaire de l’épouse.

Sur la seconde page sont inscrits les dates de décès des époux : 24 avril 1935 à Alger pour lui et 23 mai 1971 à Marseille pour elle.



Puis les pages concernant les trois enfants. L’aîné d’abord : ma grand-mère Irène Raymonde né le 24 septembre 1918 à Alger, 6 rue de l’Orangerie. Et, inscrit à la main, la date et le lieu du baptême que je ne connaissais pas : 26 janvier 1919 (à l’âge de 4 mois) en l’église Saint-Bonaventure d’Alger.

Même chose pour son frère Vincent né le 1er mars 1920 au 6, rue de l’Orangerie à Alger et baptisé le 4 avril 1920 soit un mois après sa naissance.

Enfin la dernière sœur : Louis Marie dite Louisette né le 29 août 1929 à 16 h 50 au 6, rue de l’Orangerie à Alger et baptisée le 15 septembre 1929 dans une église dont le nom est illisible.



On constate donc que le frère a été baptisé plus jeune que ses sœurs. Craignait-on pour sa vie ? Peut-être.

Une vraie mine d’informations donc que ce livret qui a traversé un siècle, des guerres, des voyages sans trop de dommage. Une pièce administrative pieusement conservée contre vents et marées.


Pour en finir avec les mariages et les choses qui voyagent et que l’on garde pieusement : en voici une autre toute aussi émouvante. Glissée dans une pochette parmi les documents que j'ai reçus, il y avait une photo d’identité de ma grand-mère Irène sans doute âgée d’une vingtaine d’années. On l’y voit souriante, très brune et vêtue d'un manteau :



Une photo prise après son mariage de 1937 à Alger, peut-être même juste avant la naissance de son premier fils. Une photo de 1939 ou 1940. Une photo qui a aussi voyagé en suivant sans doute mon grand-père Alphonse Plancard au moment de sa mobilisation lors de la Seconde Guerre mondiale. 

Car si l'on retourne la photo on y lit ces mots presque effacés : "(...) mari adoré, ta femme pour toujours. Irène".



vendredi 25 septembre 2015

Les documents dans l'enveloppe ou comment les Lledo sont devenus français

La vie du généalogiste amateur est fait parfois de petits et de grands bonheurs.

C'est d'un grand bonheur dont je vais vous parler aujourd'hui.

En fait, il ne faudra pas moins de trois ou quatre billets pour l'exprimer sur ce blog qui a été son vecteur.

Il y a quelques jours, un mail m'est envoyé via la boîte de contact présente sur ce blog. Le neveu du second mari de ma grand-mère paternelle, Jean-Luc Turlure, artiste-peintre résidant dans le Languedoc, me recontacte et m'explique avoir retrouver des documents et des photos la concernant. Après une discussion au téléphone, il décide de me les envoyer. Un cadeau inestimable. Merci encore à lui.

Le second mari de la grand-mère que j'ai très bien connu s'appelait Pierre Lubrano-Lavadero, mais tout le monde l'appelait Pïerrot. C'était un solide gaillard qui ressemblait fort à Anthony Quinn. Il était d'origine italienne et exerçait la profession de marin de commerce.

Hier soir donc, j'ai reçu l'enveloppe blanche. A l'intérieur : un trésor que je n'imaginais même pas. Je pensais d'ailleurs que certaines pièces avaient disparu corps et bien dans les divers déménagements, le rapatriement d'Algérie de 1962, les décès... Comme quoi, il ne faut jamais désespérer.

Plusieurs billets seront donc nécessaires pour tout étudier.

Irène Raymonde Lledo, ma grand-mère, est né le 24 septembre 1918 à Alger et s'est marié une première fois en 1937 avec Alphonse Plancard, mon grand-père décédé en 1954.

Photo de mariage d'Irène et d'Alphonse Plancard

Ma grand-mère est issue de familles venues d'Espagne. De Polops de la Marina pour les Lledo en Catalogne. Son père Jean a été l'objet d'un billet sur ce blog puisque je m'interrogeais sur la signification du tatouage qu'il portait sur une jambe.

Le grand-père d'Irène, Vincent est également né à Alger d'un père né en Espagne.
Parmi les documents reçus se trouvaient sa déclaration d'option à la nationalité française comme le prévoyait la loi.




Vincent Lledo né en 1855 s'est présenté en mairie d'Alger le 3 août 1886 pour devenir français. Il est dit être le fils de feue Lledo Juan (il est mort en 1879) et de Llopis Francisca et être de nationalité espagnole.
On apprend qu'il a servi dans l'armée française puisqu'il présente, à l'adjoint qui le reçoit, un congé de réforme.

Il opte donc pour la nationalité française et réside au 70 de la rue René Caillié à Alger.

Il opte en effet et n'est pas naturalisé, d'ailleurs la loi du 22 mars 1849 le stipule bien :

"L'individu né en France d'un étranger sera admis, même après l'année qui suivra l'époque de sa majorité, à faire la déclaration prescrite par l'article 9 du Code Civil, s'il se trouve dans l'une des deux conditions suivantes :
1° s'il sert ou s'il a servi dans les armées françaises de terre ou de mer;
2° s'il a satisfait à la loi sur le recrutement sans exciper de son extranéité".Vincent Lledo satisfaisait à ces deux conditions. Pour plus de détails voir l'article "Nationalités - Lois" dans "L'Encyclopédie 1830-1962 de l'Afrique du Nord" où j'ai trouvé cet article de loi.


Les choses se corsent lorsque M. Lestienne, adjoint au maire lui demande de signer. Il est noté : "Le déclarant n'a pu signe dû à son ignorance".

C'est ainsi que la famille Lledo est devenue française.

La suite au prochain billet...

mardi 30 juin 2015

Z comme Quand nos ancêtres étaient Zouaves !

Une boutade. Leurs périodes dans les régiments de Zouaves ne furent pas de tout repos. Loin de là.

Ah les Zouaves, l'Armée d'Afrique, le sable chaud et les pays enchateurs, leur uniforme qui ne ressemblent à aucun autre... et leur vaillance au combat.

L'avantage d'être issu d'une famille de militaires, c'est de pouvoir avoir des sources multiples sur ces soldats. Finalement, Gabriel Plancard, né en 1812 à Carcassonne s'est engagé dans l'Infanterie et son premier fils Jean Pierre Félix Plancard, lui était au 22e Régiment de Chasseurs d'Afrique. Loin de son Koléa natal, il s'est retrouvé dans Metz assiégé durant la guerre de 1870 et fait prisonnier...

Non, le premier Zouaves de ma famille c'est mon arrière-grand-père Gabriel Plancard, né à Aumale le 18 avril 1888. Blessé deux fois dont une très gravement en 1914 avec croix de guerre (étoile de bronze). Il fit ses deux ans de service militaire entre 1909 et 1911 au 1er Zouaves ainsi que toutes la Grande Guerre.

Mais au fait, pourquoi les Zouaves s'appellent-ils ainsi ?

C'est le nom d'une tribu kabyle, les Zwawa qui fournissait des janissaires aux Ottomans et intégrée dans l'Armée Française. Pour bien comprendre, il suffit de lire cet article.

RaczynskiAleksander.ZuawiWWalce.1858.jpg
« RaczynskiAleksander.ZuawiWWalce.1858 » par Aleksander Raczyńskihttp://webart.omikron.com.pl/PAINT/AUTHORS/RACZ_AL/. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Gabriel Plancard est donc incorporé dans le 1er Zouaves qui cantonne à Blida a les jambes et un bras en miette à cause d'un Schrpanell à Roclincourt dans le Pas-de-Calais...

L'autre Zouaves, c'est l'arrière-grand-père possible de ma compagne. J'avais publié un article sur lui en juin de l'an passé. Il s'appelait Jules Hautemayou, né à Paris d'une mère cantalienne. Incorporé au 2e Régiment Mixte de Zouaves, il est blessé grièvement à Cléry-sur-Somme et décède le 2 septembre 1916 à l'hôpital 103 d'Amiens :



Un destin donc que ces deux vaillants zouaves de 14-18. Voici d'ailleurs, la Marche du 1er Zouaves. Des recherches aussi en perspective pour approfondir leur parcours sur le terrain...



lundi 29 juin 2015

Y comme Year to date

Je sais, YTD est un terme économique qui comprend une période allant du début de l'année à maintenant en exceptant le présent jour.

Un sigle anglo-saxon qui peut aisément être transposé à la généalogie. Histoire, juste avant la dernière lettre du ChallengeAZ, de dresser un premier bilan.

Que m'a apporté ce challenge ?

Du plaisir d'abord. Celui que procure la généalogie en général. Quelqu'un me disait l'autre jour, après des recherches fructueuses : "La généalogie, c'est magique en fait !" C'est magique quand les trouvailles sont au rendez-vous. Pour résumer, la généalogie c'est parfois Garcimore et de temps en temps David Copperfield...

Autre plaisir : celui de réfléchir à ma généalogie. De m'asseoir, stylo en main, classeurs ouverts et de penser aux thèmes, aux sujets que je pourrai aborder. Un travail qui intervient bien en amont du mois fatidique. J'ai réfléchi à la session 2015 depuis le début de l'année... et jusqu'à il y a peu. Car si les premiers billets allaient de soi, ceux des dix derniers jours ont été modifiés et parfois transformés.

Une réflexion nécessaire mais qui, finalement, intervient peu à cette "dose", tant nous sommes accaparés par nos recherches qui s'accumulent. Réfléchir, c'est poser de nouvelles bases et mettre à plat notre généalogie. Bref, réfléchir est un travail d'avenir... puisque les bases du ChallengeAZ suivant sont en germe.

Ensuite, au fil de l'écriture des billets, je me suis aperçu qu'un sujet me paraissant simple, n'était, finalement, pas assez fouillé : les parcours de mes aïeux ayant participé à la Première Guerre mondiale présentent des zones d'ombre, l'étude de certaines cartes postales qui pourraient faire avancer ma généalogie sont en cours... On pourrait multiplier les exemples.

Pour conclure, mes recherches de l'année en cours m'ont permis d'alimenter ce blog sans trop de redites et de faire naître mes recherches à venir. Une motivation supplémentaire qui n'aurait peut-être pas été au rendez-vous sans le ChallengeAZ.


samedi 27 juin 2015

X comme Le mort inconnu de Thil... Qui est... Thil ?

J'aime beaucoup les énigmes... et les résoudre. Partir sur les traces d'un nom, d'une photo, observer, enquêter, déduire...

C'est par hasard que j'ai retrouvé cette photo très détériorée. Elle était placée dans le livret militaire de mon arrière-grand-père Alfred Doriot. Terrible cliché de la Grande Guerre. 

En sépia, il porte son uniforme de 14-18, casque Adrian sur la tête. Il porte un brassard avec une croix que l'on imagine rouge.
A l'arrière plan se trouve un homme dont on ne voit pas le visage.

Alfred Doriot est penché sur un bâche d'où dépasse un tête et divers débris humains.


A l'arrière, deux mots et une date : Thil (Champagne) 1917.



Thil est en effet, une petite bourgade non loin de Reims.

Pour commencer, je me suis plongé dans la fiche matricule d'Alfred Doriot. Né à Etupes en 1888, il est donc de la classe 1908. Son service, il l'effectue au 4e Régiment d'Artillerie puis au 5e en 1910, comme musicien. Digne de fils de son père Charles Doriot, fondateur de la fanfare d'Etupes.

En 1914, il est mobilisé au 47e Régiment d'Artillerie de Campagne en garnison à Héricourt (70) tout près de Montbéliard. Je ne m'attarderai pas sur les premières années de guerre. Mais le 22 avril 1916, il est évacué pour maladie à l'ambulance 4/55 située à Froidos dans la Meuse. Il fait partie de la 9e Batterie du 47e RAC. Ces détails auront une importance plus tard.

Il est évacué sur l'hôpital de Grenoble pour se retaper et est de nouveau opérationnel le 27 juin 1916. Sur son livret, il réintègre la 9e Batterie du 47e.

En mai 1917, le régiment se trouve vers Reims. Les batteries se mettent en position autour du village ravagé de Saint-Thierry. La 9e batterie se place au nord, à hauteur de Thil.



L'historique du 47e RAC, par le Chef d'escadron Masson, mentionne aussi : "Le régiment, malgré de durs marmitages, avait eu peu de casse en somme dans ce secteur de Saint-Thierry. Pourquoi fallut-il qu'un coup d'une brutalité inouïe vint l'attrister profondément."

Le commandant poursuit : "C'était le 25 Juin, le Colonel BERNARD avait décidé ce jour là de visiter la position de la 9e Batterie près de Thil. Comme il arrive près du village, les obus tombent fort. Mais le Colonel BERNARD n'est pas de ceux qui changent un programme pour fuir un danger. Accompagné du Lieutenant SIAU, il continue sa route, parcourt la batterie et s'en va sous la conduite du Lieutenant de VALICOURT visiter les observatoires voisins. C'est alors, qu'un obus tombe dans le boyau que les officiers suivent et les réunit tous les trois dans la même mort glorieuse".

Il n'y eu que ces trois morts à Thil où aux environs pour le 47e RAC. Les restes humains sur lesquels se penche Alfred Doriot appartiennent donc à l'un de ces trois hommes. On imagine aisément que la violence de l'explosion a déchiqueté les corps.

Qui étaient ces trois officiers ?

- Le colonel Charles Bernard n'est autre que le chef de corps du 47e RAC. Né en 1867 à Paris, il est fait,officier de la légion d'Honneur le 7 novembre 1916.

Fiche disponible ici
Lors de la grande collecte, un homme trouve une malle dans une déchetterie. Elle contient des objets 14-18 et est dite "Malle de Charles Bernard". Une plaque de cuivre où est mentionné qu'il est mort pour la France le 25 juin 1917 :

FRAD062_094 - Charles Bernard.

Premier point commun avec Alfred Doriot, il est passé à la même époque par le 5e RA. Lui était capitaine et Alfred, soldat.

On le retrouve sur le site Memorial GenWeb :
On apprend qu'il est polytechnicien promo 1885.

- Le lieutenant Augustin Marie Joseph de Valicourt, lui est né à Troyes dans l'Aube le 23 septembre 1886

Fiche disponible ici.
Sur Memorial GenWeb, on apprend plein de détails et surtout on peut y découvrir sa photo.

Enfin :

- Le lieutenant Jean Augustin Célidon SIAU, lui est né à Tarascon le 22 juin 1889.

Fiche disponible ici


Stupeur : l'acte de jugement de cet officier est transcrit à... Montbéliard le 1er octobre 1917 ! Pourquoi ? Je ne sais encore. Une nouvelle piste s'ouvre donc aux recherches.

Sur le site Memorial GenWeb, on apprend qu'il est centralien promotion de 1910.
On apprend surtout qu'il est aussi mentionné sur une plaque commémorative de l'église Saint-Maimbœuf de Montbéliard et inscrit sur le monument aux morts de la ville.
Famille catholique donc que celle du lieutenant Siau et qui devait, durant la Grande Guerre, résider dans la Cité des Princes. Qu'y faisait-elle ? mystère pour le moment.

Alors, lequel des trois ? Je dirais : le lieutenant Siau. Sans certitude bien sûr, mais la proximité avec Montbéliard me ferai pencher pour lui.

Toujours est-il que le commandant Masson nous en explique un peut plus sur l'enterrement de ces trois hommes :

"Une immense tristesse émut le régiment, car un lien d'affection sincère l'unissait à son Colonel et rien ne fut navrant comme les obsèques de ces trois officiers qui comptaient parmi les meilleurs.
Leurs dépouilles mortelles s'en allèrent côte à côte dormir leur dernier sommeil au cimetière de Trigny. Au nom des officiers et des hommes, le Chef d'Escadron MASSON vint les saluer et leur dire un dernier adieu, après quoi chacun rentra à son poste pour les venger".

Le colonel Bernard et le lieutenant Siau, se trouvent toujours au carré militaire du cimetière communal de Trigny (51). Ils occupent les tombes 62 et 63. Seul le corps du lieutenant de Valicourt a été rapatrié par sa famille après la guerre.

Finalement, à travers une simple photo et peu d'indices, on peut dérouler le fil de la petite histoire... enchâssée dans la grande.

vendredi 26 juin 2015

W comme... Wilaya

La Wilaya.

En Algérie, pays de mes ancêtres, la Wilaya est une division administrative du pays. Avec à sa tête un wali, un préfet. Les Wilayas sont divisées en daïras.

Je me suis amusé à regarder les lieux de naissance de mes aïeux et j'ai remarqué que, même s'ils étaient nés dans des wilayas différentes, ils se rapprochaient à chaque génération, un peu plus d'Alger.

Wilaya est d'ailleurs un terme récent. L'Algérie à partir de 1848 et jusqu'à la décolonisation est divisée en départements.

Toujours est-il que Gabriel Plancard, le premier qui fonda la branche pied-noire de ma famille paternel, est mort à Blida. Né à Carcassonne en 1812, il s'engagea au 20e de Ligne le 10 mars 1832 et parti pour l'Algérie en cours de conquête. Je ne sais où il se maria, mais je sais avec qui : Thérèse Joséphine Pierrot, une parisienne née en 1828.

Lui mourut à 44 ans en 1856 et elle à 45 en 1873. Les deux à l'hôpital militaire. Blida, "La ville des Roses" dans la wilaya de Blida à 47 km au Sud-Ouest d'Alger.Une ville qui fut occupée par les troupes françaises en 1839. Gabriel Plancard, en 1856 était garde-forestier, un emploi réservé aux anciens militaires et habitait Joinville, une bourgade rattachée à Blida, aujourd'hui appelée Zabana.

Génération suivante : Alphonse Jean-Pierre Plancard, né à Blida le 8 septembre 1851 et baptisé le 5 octobre. Il va se marier à Aumale, baptisée ainsi en référence au duc d'Aumale, le fils de Louis-Philippe, Aujourd'hui, la ville se nomme Sour El Ghozlane ou : "Le rempart des gazaelles" au Sud-Est d'Alger à environ 120 km : la ville de naissance de son épouse Marie Félicité Sellier, d'origine vosgienne. Lui, va mourir en 1933 à 80 an à Aboutville, aujourd'hui Aïn El Hadjar dans la wilaya de Bouïra proche d'Alger. Les voilà :


Génération suivante : Gabriel Plancard, mon arrière-grand-père né à Aumale par hasard, sa mère étant sans doute retournée chez ses parents pour accoucher, il voit donc le jour le 18 avril 1888 et s'éteint à L'Arba, aujourd'hui Laarbâ Beni Moussa, dans la wilaya de Blida à 25 km au Sud-Est d'Alger le 6 janvier 1945.

Génération suivante : Alphonse Auguste Plancard, mon grand-père, né à Seddouk le 31 juillet 1913 dans la wilaya de Bejaïa, ville de naissance de sa mère Françoise Adélaïde Barge. Il va se marier à Alger avec Irène Lledo, né dans cette ville en 1918. Le couple s'établira à Alger... enfin !



Génération suivante : Gabriel Plancard, mon père né le 10 novembre 1943 à Alger. Il aura fallu presque un siècle pour que la famille, à force de tourner autour, s'établisse dans la capitale. De ville en ville, de wilaya en wilaya, c'est dans cette cité que tout fini aussi en 1963... Et que, finalement, tout commence.




jeudi 25 juin 2015

V comme Versets bibliques et épitaphes funéraires

Que laisse un défunt à sa mort ? Son souvenir d'abord, bon ou mauvais. Un héritage, petit ou grand. Et une tombe. Belle, grandiose, originale ou très simple.

L'art funéraire est un monde à part avec ses codes. Les sabliers, les anges, les colonnes brisées... Et les épitaphes. Ah cette fameuse épitaphe disant aux vivants : "Je vous l'avais bien dit que j'étais malade !" que je n'ai d'ailleurs jamais vue...

L'épitaphe est toujours pleine d'espérance ou laisse du défunt une bonne image. Robert Sabatier écrivit un jour : "Un enfant, en lisant les épitaphes sur les tombes du cimetière, demanda à son père dans quel coin du cimetière on enterrait les méchants"...

"L'épitaphe est une des dernières informations sur l'identité du défunt. Elle se double quelquefois d'un message qui prend forme d'une sorte de testament moral légué", peut-on lire dans un article intitulé "Les tombes protestantes" sur le site Musée protestant. Un article issu de la recherche d'Anne Nègre, avocat au barreau de Versailles dans le cadre de sa thèse de doctorat en droit "Contribution à l'histoire du patrimoine : le cimetière protestant de Nîmes, 1778-1910", Université de Poitiers, Faculté de Droit et de Sciences sociales.

Intéressante étude d'un cimetière protestant.Calviniste en l'occurrence. Dans le cas qui nous intéresse, le cimetière d'Etupes est, à l'époque qui nous intéresse (XIXe et début XXe siècle) exclusivement protestant luthérien. Les rares catholiques du villages vont, eux, se faire enterrer... dans un village plus éloigné !

Sur la plupart des tombes de cette période, et même encore de nos jours, l'épitaphe est composé d'un verset biblique. Un verset soigneusement choisi par l'intéressé ou sa famille. La connaissance de la bible à cette époque est très bonne puisque l'apprentissage et la lecture des écritures est indispensable à la formation du jeune protestant. Les enfants, souvent, apprennent à lire dans la bible de leurs parents.

Car chez les protestants, des bibles, on s'en voit offrir souvent : mariage, confirmation... Et toutes, absolument, comporte un verset manuscrit. Pour exemple, le 17 novembre 1985, au catéchisme, j'ai reçu ma première bible. Celle-ci comporte ce verset inscrit par le pasteur Boilloux, est tiré du Psaume 119/105 : "Ta parole est une lampe devant mes pas, une lumière qui éclaire ma route".

Le livre des Psaumes, voilà une source inépuisable de versets qui viendront orner des tombes à Etupes. Deux sur une seule sépultures, rien de moins :

« Sur Dieu seul mon âme repose paisiblement » Ps 62-2
« Quoi qu’il en soit, mon âme se repose en Dieu » Ps 62-2

ou encore :

« Il guérit ceux qui ont le cœur brisé et il bande leurs plaies » Ps 147-3

« Fais moi entendre la joie et la consolation et que les os que tu as brisés se réjouissent » Ps LI 10

« La vie est un combat dont la palme est aux cieux. La lumière est semée pour le juste et la joie pour ceux qui ont le cœur droit » Ps XCVII-11

D'ailleurs une référence au livre des Psaumes orne la tombe du caporal Peugeot :

« Que ton cœur soit ferme et espère en l’Eternel » Ps XXVI-14



Juste à côté, son grand-père, le colonel Pechin, ancien saint-cyrien a préféré une référence au prophète Job :

« Tu entreras au sépulcre dans la vieillesse comme on emporte une gerbe en son temps » Job V-26

Les prophètes, une autre source de versets mortuaires et en particulier Esaïe :

« Ne crains point car je te rachète, je t’appelle par ton nom, tu es à moi » Esaïe XLIII

« Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé pour consoler ceux qui sont dans le deuil » Esaïe 61 1-2 :



«  Je t’appelle par ton nom, tu es à moi ! » Esaïe 43-1

Ou, comme sur la tombe à Menton d'Auguste et Camille Doriot :

"Tu n'auras plus le soleil pour lumière mais l’Éternel sera pour toi une lumière éternelle" Esaïe LX-19



Mon arrière-grand-père Alfred Doriot et son épouse sont enterrés dans la tombe de Charles Doriot, de son épouse et de leur autre fils mort à un mois. Elle porte ce verset tiré de Jérémie :

« Je l’ai aimé d’un amour éternel c’est pourquoi je l’ai attiré par ma miséricorde » Jérémie 31-3


Les évangélistes ont aussi la cote, surtout Matthieu :

« Heureux ceux qui ont le cœur pur car ils verront Dieu » Matth 5-8
« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés » Matth V-6 (aviateur)

Sur la tombe de Frédéric Curie, impossible de graver un verset biblique. Athée et enterré civilement, son épouse a quand même contourner la question en laissant une phrase simple qui pouvait lui convenir également, elle, qui était protestante, croyante et pratiquante :

« Que ton repos soit aussi doux que ton cœur était bon »

Parce des épitaphes profanes, il en existe aussi :


« Ta mémoire est toujours près de moi - Dilectissima mater requiescat in pace ».

Ou, sur la tombe des Lyon d'Amérique, la fille Adèle Durbec, demoiselle Lyon fait inscrire : 

"Ce monument a été élevé à la mémoire de Pierre Doriot et de Suzanne Lyon"


Plus émouvant cette phrase : "Témoignage du profond amour et de la vive affection de tous ceux qui ont su l'apprécier" :



Pour terminer, voici deux épitaphes exceptionnelle, la première est présente au cimetière d'Etupes. C'est celle d'Henri Iselin FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français). un simple plaque barrée de tricolore indique son nom et sa date de décès : 17 novembre 1944. Arrêté par les Allemands, il est retrouvé mort dans sa cellule à la prison de Montbéliard.
La phrase est éloquente : "Mieux vaut mourir que trahir". Cela veut-il dire qu'il s'est suicidé, comme le faisait beaucoup de résistant, plutôt que de donner ses camarades de réseau ? Peut-être. Un geste de courage et d'honneur.



Enfin, voici l'épitaphe que j'avais traité dans un précédent billet daté du 9 juin 2014. Le possible arrière-grand-père de ma compagne se nommait Jules Hautemayou. Mobilisé en 1914, il fut blessé à Cléry-sur-Somme et décéda le 2 septembre 1916 à l'hôpital d'Amiens.

Après la guerre, sa mère, retournée dans le Cantal le fit rapatrier dans le caveau de famille. Au passage, elle fit prélever une dent sur le crâne. Dent qu'elle conserva sur elle, le reste de ses jours.

La tombe du cimetière de Saint-Simon comporte une plaque où est inscrit qu'elle pleure son fils chéri... "martyr des capitalistes !" :