mercredi 7 janvier 2015

14-18 : les Plancard, la sérendipité et l'effort de guerre

Que serait le généalogiste sans la sérendipité ?

C’est en cherchant tout autre chose que je suis tombé tout récemment sur un document émanant des archives de l’Aude et traitant d’une très intéressante exposition sur la guerre de 14 dans ce département Languedocien.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai découvert que l’on y parlait d’une entreprise Plancard. Et en particulier celle de « Constructions Métalliques » de Jules Antonin sise au 2, rue de la Liberté et au 54 rue de la Préfecture à Carcassonne. Et dont les entrepôts sont situés 5 et 7, rue Hugues-Bernard.

Dans deux billets sur ce blog, j’avais cité Jules Antonin Pancard à l'occasion du Challenge AZ de 2013: ici et ici.

J'avais parlé de cette lettre, sur papier à en-tête de son entreprise, acquise sur un site d'enchères sur internet :


Jules Plancard y écrit, le 1er juin 1915, à son ami Paul Bernier, directeur de l'usine de l'Estambigou à Castelnaudary dans l'Aude, adresse où se trouve toujours une société de chaudronnerie. Il lui explique donc que la fabrication de son portail aura du retard pusqu'il venait de recevoir "une commande de la Défense nationale". Et à l'époque je me demandais ce que cela pouvait bien être.

Je m'étais alors plongé dans sa fiche matricule. Né en 1869, il s'était engagé pour trois en 1889 dans la 2e compagnie d'ouvrier d'artillerie où il était passé brigadier en 1891. Passé dans la Territoriale, il avait été rappelé le 2 août 1914 au 16e escadron du Train des Equipages. Et convoqué pour le 31 mars 1916. Il avait, en fait, été détaché le 7 juillet 1916 au usines Plancard de Carcassonne en tant que Chef d'usine (la sienne !). Justement pour œuvrer à l'effort de guerre.

Le document trouvé aux Archives de l'Aude explique bien cette période et l'on y trouve ce petit tableau :


L'entreprise Plancard fils et Cie emploie donc en mai 1917 donc 297 personnes dont 193 hommes, 89 femmes et 15 enfants. Elle produit essentiellement des obus. C'est la plus importante de la ville. Plus loin dans le document on lit ; "Plusieurs entreprises carcassonnaises se sont reconverties dans la production d’armement : la Maison Plancard fils et Cie a peu à peu cessé sa fabrication de grosses charrues pour ouvrir une fonderie produisant 300 obus par jour". Il s'agit en fait, de l'entreprise de Michel-Guillaume Plancard successeur de son père François et petit cousin de Jules-Antonin. Si l'homme est décédé le 4 novembre 1916, c'est son gendre, Jean Bureau, qui a repris l'affaire.

Mais force est de constaté que toutes les sociétés Plancard de Carcassonne mettaient la main à l'effort de guerre. Et même si la sérendipité permet d'ajouter des pièces au puzzle, rien ne terni l'utilité d'aller fouiller les archives. Car maintenant, reste à savoir ce que Jules-Antonin fabriquait durant la Première Guerre mondiale...

dimanche 19 octobre 2014

Jean Lledo, le marin tatoué...

Il s'est d'abord appelé Jean-Louis puis Jean-Baptiste au gré des souvenirs familiaux.

C'est finalement tout simplement Jean qui s'est imposé. Acte de mariage, fiche matricule et livret de famille à l'appui.

Jean Lledo, donc, a vu le jour à Alger, le lundi 7 mars 1892 sans doute au 7 rue des Jardins. Là où vivaient ses parents : Vincent et Maria de la Concepcion, née Pallares.

Son père, Jean ne l'a pour ainsi dire pas connu. Vincent Lledo, pêcheur de son étatest en effet décédé le 25 septembre 1897 à Alger où il était le 8 décembre 1855, d'un père journalier, Juan Lledo né vers 1804 à Polop de la Marinaune localité de la Province d'Alicante et d'une mère, Francisca Llopis né vers 1819 à Teulada, une ville de la même province espagnole.
Ce couple a émigré entre 1840 et 1855 en Algérie. En effet, Antonio Lledo était né en 1840 à Benidorm. Outre Vincent né en 1855, un frère et une sœur verront le jour à Alger : Françoise en 1858 et François en 1860.

Maria de la Concepcion Pallares
Vincent Lledo et Maria de la Concepcion Pallarès eurent, à part Jean que nous allons étudier tout de suite, un autre fils  : Vincent Louis né à Alger le 19 octobre 1894 et décédé quinze mois plus tard le 11 janvier 1896.

De Jean Lledo, donc, mon arrière grand-père, j'ai plusieurs photos. Dont une, prise à Alger au Jardin d'Essai du Hamma, dont mon père était voisin lorsqu'il était enfant :



Cette homme épousera le 6 janvier 1917 à Alger, mon arrière grand-mère Maria de la Concepcion Salas que je n'ai pas connu, puisqu'elle est décédé à Marseille en 1971, deux années avant ma naissance. Ma grand-mère Irène Lledo, ne l'a pas connu bien longtemps non plus. Jean Lledo étant mort le 24 avril 1935 à Alger alors que sa fille n'avait que 17 ans.

Par la force des choses, je ne connaissais presque rien de lui.

On m'avait dit qu'il avait effectué son service militaire dans la marine, mais sans plus. Jusqu'au jour où une cousine me donne cette photo de lui :


Et puis celle là (le premier en partant de la gauche) :



L'uniforme est bien celui d'un marin et le bachi porte le nom d'un navire : le Saint-Louis.

Tout récemment, les ANOM ont mis en ligne les fiches matricule des soldats des anciennes colonies. J'y ai retrouvé celle de mon arrière grand-père. Une mine d'informations.
J'y ai appris qu'il mesurait 1,62 m et qu'il était, au moment de son incorporation, tatoué sur la jambe gauche. Et que ce tatouage représentait deux lettres : RM. Que signifient-elles ? Nul ne le sait sauf lui. Un amour de jeunesse ? Un sigle ?

J'ai aussi appris qu'il avait été incorporé dans la marine en à compter du 10 octobre 1912. Et qu'après sa formation militaire, il embarque bin sur le croiseur lourd Saint-Louis le 12 novembre 1913 jusqu'au 15 août 1916. Voici ce croiseur de la classe Charlemagne qui éperonna le 8 juin 1912, le sous-marin Vendémiaire qui fut envoyé par le fond avec ses 24 membres d'équipage !

Battleship saint-louis Bougault.jpg
« Battleship saint-louis Bougault » par Alexandre Bougault — ARDECHEPHOTOS. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Jean Lledo servit donc dans l'armée durant... sept ans.Deux ans de service militaire et cinq années de guerre.

Du 15 novembre 1916 au 29 août 1917, il participe avec le Saint-Louis à la bataille de Salonique avec l'Armée d'Orient. Une permission lui fut accordé pour qu'il se marie en janvier 1917.

Puis il embarque sur le croiseur Waldeck-Rousseau du 24 novembre 1917 au 1er mai 1919 qui naviguera durant toute la Première Guerre mondiale en Méditerrannée. Il subira même une mutinerie du 26 au 28 avril 1919 qui fait partie des "Mutineries de la Mer Noire" en 1919. Jean Lledo était à bord du bâtiment au moment de cette révolte, mais il est peu probable qu'il fut mutin, puisqu'un certificat de bonne conduite lui fut accordé.

Le Waldeck-Rousseau :

Dreanoughts Waldeck Rousseau.jpg
« Dreanoughts Waldeck Rousseau ». Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Après un passage au dépôt le 1er mai 1919, il part le lendemain pour le Centre d'aviation de Sidi Abdallah près de Bizerte en Tunisie où il reste jusqu'au 1er juillet, date à laquelle il revient Algérie.




lundi 30 juin 2014

Z... comme Zuber et toujours des coïncidences

Les Zuber, c'est la branche que j'ai décidé de pister cette année. Car même après plus de 25 ans de recherches, certaines branches de l'arbre sont toujours au point mort ou presque.

Il faut dire que les Zuber sont suisses. De la Suisse toute proche de la frontière française. Mon arrière grand-mère Fanny Zuber épouse Rigoulot, la mère de mon grand-père Henri, que j'ai d'ailleurs bien connue (elle est morte en 1980), était née en 1894 à Courtemautruy, une petite bourgade du canton du Jura. Elle, et ses dix frères et sœurs, sont d'ailleurs nés dans la Confédération Helvétique.

Fanny Zuber et Edmond Rigoulot
Ce que je sais, c'est que son père Henri Zuber, est mort à Etupes le 3 janvier 1942 à 19 h 30 en son domicile. Ce lieu n'est pas précisé, mais je sais où il se trouve. Ce cultivateur habitait le Faubourg, un quartier d'Etupes. Le couple et ses enfants étaient venus en France pour cultiver la terre. Il s'était d'abord installé à la ferme dit "Du pié d'égoutte" aujourd'hui orthographié "Pied des gouttes". Une ferme qui est toujours là et a été transformée en Chambres d'hôtes.

Coïncidence, cette ferme est située à Exincourt (25) commune d'origine de toute la famille Rigoulot dont l'un des représentants, Edmond, épousera Fanny.

Fanny et Edmond en 1919
Coïncidence encore, l'acte de décès d'Henri Zuber est signé d'Alfred Doriot, mon arrière grand-père dont la fille, Liliane épousera le petit-fils d'Henri Zuber... lui aussi prénommé Henri ! Pour la petite histoire le prénom Henri vient de l'ancien Horry qui a aussi donné le patronyme... Doriot.


Sur son acte de décès, Henri Zuber est dit né de Jacques et de Maranie Allimare. Sa naissance est située le 19 mars 1862 à Kunsberg. Une ville totalement inconnue en Suisse... Il s'agit en fait de Gunsberg, dans le canton de Soleure (Solothurn). Ce qui prouve qu'il avait gardé un certain accent germanique en disant à ses enfants où il était né...

L'épouse d'Henri Zuber est Marie Varin, est né à Courgenay le 29 novembre 1861, la commune de rattachement de Courtemautruy dans le canton du Jura. Elle décède à Etupes également un 3 janvier mais de 1936. Son père esr Jospeh et sa mère Madeleine Desbœufs.

Le blason en Suisse étant chose courante, j'en ai retrouvé un sur un site spécialisé et concernant les Zuber de Soleure : "En rouge, au-dessus de trois monts argentés, un baquet en or surmonté de trois étoiles dorées à six branches" (In "Blasons des citoyens de Solothurn", 1937.

La présence d'un baquet est logique, puisque le patronyme Zuber peut être traduit par cuve ou baquet.

Voilà donc où en sont mes recherches !

Je me suis également lancé dans la lecture du guide "Retrouver ses ancêtres suisse". Pour Courgenay pas de gros problème en perspective, mais pour Gunsberg, ce sera une autre paire de manches puisque je ne suis pas germaniste...


samedi 28 juin 2014

Y... comme Le "dérèglement d'amour" de Jeanne Ygounet !

Curieux patronyme que Ygounet, un dérivé du prénom Hugues. Il apparaît dans ma généalogie le 7 novembre 1785 à la faveur de son mariage dans la paroisse Saint-Vincent de Carcassonne avec Antoine Esprit Plancard, un drosseur, né le 14 août 1759 dans la même paroisse de la ville basse.

Elle est la fille de Gabriel Ygounet et de Jeanne Capignol. Le couple aura au moins une fille, Jeanne comme sa grand-mère qui verra le jour en 1787 et décédera en 1789.

Les renseignements sont maigres, mais le couple profitera de la loi du 20 septembre 1792 autorisant le divorce. En effet, la séparation fera l'objet d'un acte daté du 24 pluviôse An II (12 février 1794). Le motif est joliment tourné : le couple divorce pour "dérèglement d'amour de la part de Jeanne Ygounet" ! Bref, elle ne l'aimait plus.

Antoine Esprit se remarie quelques mois plus tard le 21 frimaire An III (11 décembre 1794) avec une certaine Catherine Moni, trieuse de laine de son état et de douze ans sa cadette puisque née à Alzonne (11) le 2 juin 1771.

Voilà comment un simple nom commençant par un Y nous a fait entrer dans les arcanes des mariages et des divorces du crépuscule de l'Ancien Régime à l'orée de la République.


vendredi 27 juin 2014

X... comme De l'an X au Nonidi 9 Messidor An CCXXII

Ah, il est loin le 22 prairial de l'An X (11 juin 1802) date à laquelle naissait Antoine Plancard dans la Cité de Carcassonne, deux ans avant le sacre de l'Empereur Napoléon Ier le 2 décembre 1804 soit le 11 frimaire An XIII.

Premier né de Jean Plancard de retour des guerres de la Révolution et du Consulat, période où il côtoya Bonaparte durant la Première campagne d'Italie notamment à Arcole.

Et qui n'a pas, dans sa généalogie, été confronté à ces dates du calendrier républicain qui entra en vigueur le 6 octobre 1793 soit le 15 vendémiaire An II. Il débute réellement le 1er vendémiare An I soit le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République. Pour plus de détails, cliquez ici.

Calendrier-republicain-debucourt2.jpg
« Calendrier-republicain-debucourt2 » par Debucourt, Philibert Louis — Bibliothèque nationale de France. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Les noms de la semaine avaient aussi été changés et organisés par décade (trois pour constituer un mois) : primidi, duodi... jusqu'à décadi

Sans oublier les sans-culottides, jours complémentaires, du 17 au 21 septembre de chaque année et le 22, jour de la révolution, les années bissextiles.

C'est l'An XIV qui est là dernière année de ce calendrier républicain. Elle s'étale entre le 23 septembre 1805 et le 1er janvier 1806 (11 nivôse) date à laquelle reparaît le calendrier grégorien.

Je me suis toujours demandé, si le calendrier républicain existait toujours, quel jour je serais né. J'ai fait la conversion et j'aurais donc vu le jour le 3 floréal de l'An CLXXXVIII, jour de la fougère, un système adopté en remplacement des saints de la semaine.

Je vous laisse donc faire la conversion sachant que la date d'aujourd'hui, vendredi 27 juin 2014 est en fait le nonidi 9 messidor de l'An CCXXII, jour de l'absinthe...

jeudi 26 juin 2014

W... comme un grand verre de Wiki s'il vous plaît !

Oui je sais, c'était facile. Wikipedia, l'encyclopédie participative. La tarte à la crème de la lettre W.

Il faut dire que cette lettre est un casse-tête pour qui n'a pas de nom commençant par W.

Pourtant, c'est dans ces pages que j'ai découvert par mal d'histoire concernant ma famille et les lieux dans lesquels ils vivaient. Carcassonne bien sûr, l'article est gigantesque. Mais aussi Chasnans dans le Doubs bourg de 250 âmes.

Sans oublier que j'y ai trouvé la trace de François Plancard (fondeur de fer et de cuivre à Carcassonne) dans un article concernant le sculpteur Eugène-Louis Lequesne un sculpteur dont François Plancard avait coulé la statue de la République de Marcorignan (11) sur laquelle j'ai retrouvé sa marque de fondeur...





Alors, pas un instant à perdre, foncez sur Wikipedia, vous y découvrirez des trésors...


mercredi 25 juin 2014

V... comme Vol de voiture

Parfois, des pépites se cachent dans les colonnes des journaux. C'est pourquoi, j'épluche régulièrement Gallica dans sa section "Presse et revues". Nous avons déjà parlé des avis de décès, mais des détails croustillants se trouvent parfois dans la rubrique faits-divers ou justice.

Comme dans "Le Petit Parisien" paru le 13 novembre 1912 à la page 4 on trouve le "Bulletin judiciaire" :



La deuxième affaire vaut son pesant de cacahuètes :
"Devant le tribunal correctionnel de Carcassonné ont comparu les nommés Pierre Barrie, vingt-deux ans, employé de bureau, né à Ferrau (Aude), et Jules Causse, vingt-deux ans, garçon de café, né à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), qui, le 21 mal dernier, assaillirent, pour le dévaliser, M. Jean Feuillat, négociant en vins Carcassonne, qui regagnait son domicile, rue de Belfort. La même nuit, une automobile fut soustraite à M. Michel Plancard, fondeur, et abandonnée à 1.500 mètres de la ville, à la suite d'une panne, par l'auteur du vol, qui n'était autre que Causse. Les deux inculpés ont été condamnés chacun à trois ans de prison. Barrie va avoir à répondre maintenant, devant les juges de Toulouse, d'une agression commise dans cette dernière ville, dans les mêmes conditions, qu'à Carcassonne, contre M. ?, conseiller à la cour d'appel de Toulouse."
Une belle histoire de pieds-nickelés donc ! Mais on en apprend donc par la même occasion que Michel Plancard dispose d'une automobile. Chose encore assez rare en 1912.
Et en fouillant un peu sur le web, je suis tombé sur un site en anglais mentionnant Michel Plancart, avec un T au bout. Mais c'est bien le même.

On y explique qu'il fut le premier propriétaire d'une Panhard-Levassor modèle "Tonneau" et qu'il l'acheta à Toulouse le 5 juin 1901. D'ailleurs l'immatriculation d'origine a été conservée : 11T, c'est à dire... la 11e voiture de l'arrondissement de Toulouse !
On la voit même en photo sur ce site. Le modèle, reconnaissable entre mille avec son phare unique est conduite sur ce site par le peintre Claude Monet en 1901. Est-ce la même qui avait été volée en 1912 ? c'est bien possible, puisque cette voiture, apprend-on, a été stockée dans un château à Carcassonne, c'est sans doute le château de Saint-Brès, propriété de son fils Emile.

Cette voiture, ne disposant d'un seul phare et portant encore son immatriculation d'origine a été vendue et transportée aux Etats-Unis dans les années 1990 et qu'elle a été entièrement restaurée. Elle a même participé en 1996 au 100e anniversaire de la course pour voitures anciennes "London to Brighton". Elle affichait en pointe, une vitesse de 25 à 30 mph soit entre 40 et 50 km/h.

Elle fut vendue en Californie en 2007 pour 297.000 $ soit envirion 220.000 € !

Toute l'histoire est partie d'un anodin vol de voiture...